Le piège à cons

Le piège à consAprès «Solo»,et «L’albatros», et en attendant «La machine à découdre», Jean-Pierre Mocky est à la fois le metteur en scène et l’interprète d’une série de thrillers à la française, assaisonnés de verve anarchiste. Le voici en ex-enseignant exilé après mai 68, de retour eh France dix ans plus tard. A peine débarqué, pris dans une manif de dockers, il est arrêté et ne trouve rien de mieux à faire que… s’évader du panier à salade en emportant le revolver d’un policier ! Un vieil ami ayant été victime d’une bavure, notre héros apprend que sa compagne Francine (Catherine Leprince) menait avec lui une enquête sur une affaire de pots-de-vin dans laquelle un grand parti politique est impliqué… Cher Mocky ! S’il n’en reste qu’un capable de s’indigner des trafics et des scandales de notre société, c’est bien lui. Pourfendeur infatigable de la corruption, Mocky le romantique est notre indispensable Don Quichotte — qui a toujours le bon goût de remplacer Sancho Pança par une ravissante comédienne, ici Catherine Leprince, jolie alliance de charme et de caractère.

On ne meurt que deux fois

On ne meurt que deux fois«On ne meurt que deux fois», adapté d’une Série noire de Robin Cook, est le chant du cygne du dialoguiste Michel Audiard. L’homme n’a, quelquefois, pas reculé devant la facilité voire même la vulgarité, mais on lui devra quelques-uns des dialogues les plus forts et les plus inventifs du cinéma français (notamment «Mortelle randonnée» et «Garde à vue» de Claude Miller !). Ici, lors d’une scène à la morgue, l’émotion vous prend à la gorge, quand on sait qu’Audiard se savait atteint d’un cancer. Michel Serrault, avec cette maestria et cette sensibilité qu’on connaît aux clowns tristes, nous restitue ce texte et lui donne vie «On ne meurt que deux fois», sans Audiard et sans Michel Serrault, ne serait qu’une accumulation de clichés «polar» dont Charlotte Rampling (en tueuse mystérieuse pour la mille et unième fois! (est la première victime. Jacques Deray sait créer la couleur et l’atmosphère, Serrault le style… A partir de là, on accepte tout dans cette histoire de flic solitaire des grandes villes, fasciné par la lueur emprisonnée dans les yeux d’un certain Charly au moment de son assassinat, dans un sordide terrain vague. L’inspecteur Staniland enquête et rencontre Barbara qu’il ressent intuitivement comme la meurtrière. Barbara va l’entraîner dans son tourbillon de turpitudes. Et, Staniland plonge… Mais, heureusement, Michel Serrault garde à œil cette fragilité ironique qui est l’apanage des héros prêts à aller jusqu’au bout d’eux-mêmes… en pleine lucidité !

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